Transition écologique : ces biais psychologiques qui nous empêchent d’agir

L’impact de l’activité humaine menace dangereusement nos écosystèmes et notre société prend progressivement conscience de cet enjeu. Mais malgré l’évolution des mentalités, nos comportements peinent à suivre ce changement, et la transition écologique s’amorce lentement. Comment peut-on expliquer un tel écart entre notre prise de conscience et cette réalité ? Dans quelle mesure l’étude des comportements peut-elle justifier ce “paradoxe environnemental” ?

Les comportements individuels et collectifs, au cœur de la transition écologique

Dans le cadre de la transition vers une société plus durable, les choix du quotidien et les comportements individuels sont des moteurs du changement, notamment à travers notre pouvoir de consommation. Cependant, de nombreuses barrières semblent empêcher cette évolution, puisque les réactions sont encore (trop) faibles.  Le sondage obs’COP 2020 Ipsos-EDF révèle une inquiétude croissante concernant l’environnement en France (60% des français estiment être plus inquiets qu’il y a un an concernant le changement climatique) et les français sont 63% à être convaincus que le changement de nos modes de vies est nécessaire. Malgré cela, les actions concrètes ne suivent pas toujours, en particulier en ce qui concerne les déplacements: seulement 20% évitent de prendre leur voiture, 20% utilisent les transports en commun et 10% se déplacent en vélo systématiquement ou presque. 

Les raisons de cette inaction peuvent être économiques ou du fait du manque de leviers à notre disposition (on ne peut pas reprocher à une personne n’ayant pas accès à un mode de transport plus durable, de prendre sa voiture pour aller travailler). Cependant, outre ces obstacles, nous pouvons aussi être confrontés à des freins psychologiques. Ces freins sont définis dans les sciences comportementales comme des biais nous empêchant de prendre des décisions rationnelles. De part l’importance des actions de chacun dans le cadre de la transition écologique et le paradoxe relevé précédemment, certains chercheurs ont essayé de mettre en avant les biais qui pourraient en partie expliquer les comportements dans le cadre de la crise environnementale. 

On vous présente et explique les trois principaux biais qui peuvent limiter l’adoption de comportements éco-responsables ! 

Le Statu quo : l’attrait de l’inertie 

Le biais d’inertie – ou statu quo – traduit notre préférence pour l’inertie, c’est-à-dire les habitudes et les automatismes. Biologiquement cela peut s’expliquer par le fait que rester dans une situation identique consomme moins d’énergie que de passer d’un état à un autre. Certains psychologues ont aussi expliqué ́ ce phénomène par l’instinct de survie : « la nouveauté  peut nous tuer alors que l’habitude ne l’a pas fait ».

C’est un biais central dans la problématique environnementale : la difficulté que nous pouvons rencontrer à changer nos comportements y est fortement liée. La mise en place d’un nouveau quotidien, de nouvelles habitudes comme le tri sélectif ou la réduction de notre consommation d’eau et d’électricité sont de nouveaux automatismes qui peuvent s’avérer compliqués à intégrer quand bien même ils ne nous demandent que peu d’efforts et de contraintes.

Biais du temps présent : le plaisir d’abord

On observe aussi une préférence des individus pour le temps présent et une dévalorisation du futur : c’est le biais du temps présent. On va avoir tendance à privilégier le plaisir aujourd’hui plutôt que celui de demain, et donc reporter l’effort à plus tard.

Bien que nous ayons conscience des enjeux écologiques, notre qualité de vie future a moins de poids que notre plaisir immédiat lorsque l’on prend une décision. Il est, de ce fait, difficile d’être rigoureux en permanence, particulièrement lorsque les bénéfices des contraintes imposées (ou que l’on s’impose) sont lointains et incertains. Les chiffres mis en avant dans le sondage Ipsos-EDF illustrent cet aspect : encore une fois, malgré une prise de conscience accrue, les marges de manœuvre des politiques publiques s’avèrent étroites. Le niveau d’acceptabilité des français est très élevé pour ce qui concerne le développement des énergies renouvelables (90%), mais diminue dès qu’elles contraignent les citoyens directement (taxes, et déplacement). Par exemple, seuls 32% jugent acceptable de taxer les énergies qui produisent du CO2, et 37% de limiter l’accès des centres villes aux seules voitures électriques et hybrides. Ainsi, les français semblent moins enclins à prendre des mesures contraignantes dans le présent pour de futurs bénéfices.

Biais d’optimisme : la sur-confiance trompeuse 

La sur-confiance (ou l’optimisme démesuré) décrit notre tendance à faire preuve d’un excès d’optimisme. Cet optimisme est responsable dans la vie de tous les jours de prise de risque : on minimise notamment la probabilité qu’il puisse nous arriver un événement grave, comme une maladie, alors même que celle-ci est importante. Un exemple concret : les fumeurs estiment souvent que leur probabilité d’avoir un cancer est inférieure à celle des autres fumeurs. 

L’excès de confiance pose un problème important pour l’environnement : bien qu’informés et conscients de l’enjeu environnemental, nous pouvons faire excessivement preuve d’optimisme quant au futur de la planète. Nous pouvons, malgré nous, être trop confiants et penser que l’on trouvera nécessairement une solution. Si l’on reprend les données du sondage Ipsos-EDF, on observe que les français désignent le gouvernement comme acteur principal du changement climatique, en première position devant les citoyens et les entreprises. Dans une moindre mesure, on observe aussi une confiance dans le progrès technique. On peut voir dans ces deux phénomènes, une forme de sur-confiance quant aux solutions, qui ne dépendraient nécessairement de nous, mais plutôt de mesures sur lesquelles nous n’avons pas de contrôle.

Comment combattre ces biais ?

Tout d’abord, ces biais représentent un angle d’analyse parmi d’autres des comportements observés face à la crise écologique. Il ne faut pas penser qu’ils sont seuls responsables, ni inévitables, ou qu’ils nous empêchent fatalement d’agir. Aussi personne ne devrait se sentir coupable en se reconnaissant dans un de ces mécanismes, puisqu’ils sont par nature inconscients et communs à tous.

Le simple fait de connaître ces biais peut nous faire prendre conscience de certains aspects de nos comportements et nous permet ainsi de plus facilement les repérer et d’y résister. Ils nous amènent aussi à une meilleure compréhension des comportements des personnes et groupes qui nous entourent, et peuvent donc constituer un angle d’approche des dynamiques collectives. L’intégration de nouveaux leviers d’influence prenant en compte ces aspects psychologiques est d’ailleurs déjà développée par les politiques publiques.

Ces barrières psychologiques démontrent surtout que même si nous sommes sensibilisés à la cause environnementale, nous pouvons tout de même faire face à certains obstacles inattendus. Pour lutter contre leurs effets, la sensibilisation aux problèmes environnementaux ne suffit pas, mais il faut aussi mettre en avant des actions concrètes et réalisables à l’échelle individuelle. C’est pourquoi il est encore très important de nous renseigner et partager les ressources nécessaires pour faire évoluer les comportements du quotidien, mais aussi de proposer de plus en plus de solutions concrètes aux citoyens, pour leur donner la possibilité d’agir !

Sources

“Green Nudges”, E. Singler (2015)

https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2020-12/edf_obscop_rapport_france_fr.pdf

https://on-media.fr/2019/10/21/le-paradoxe-de-la-sensibilite-environnementale-individuelle/

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